Les marées vertes

Chaque année l’été amène un coup de projecteur sur le phénomène des marées vertes. Que sait-on à ce sujet et où en est la lutte ?

 

Les algues vertes, sont-elles toxiques ?

Les algues vertes appartiennent à la famille des Ulves ; elles peuvent présenter des formes variées, rubans, bâtonnets… Ces algues ne sont pas toxiques ; elles sont consommées par les animaux et certaines, comme la laitue de mer, sont comestibles. Mais leur décomposition entraîne l’émission d’hydrogène sulfuré, ce fameux H2S qui sent l’œuf pourri et qui est toxique à forte dose.

Les algues sont des organismes étonnants : comme les plantes, elles utilisent l’énergie solaire pour fabriquer leur nourriture (photosynthèse) mais ce ne sont pas des plantes : elles n’ont ni racines ni tissus spécialisés. Seules 10% des algues vivent dans la mer. La majeure partie des algues vertes vivent dans des mers relativement chaudes.

 

Des proliférations qui ne sont pas nouvelles

Les premières manifestations très ténues furent identifiées au début des années 1960, pour faire ensuite une apparition régulière le long de nombreuses côtes bretonnes, dans les baies peu profondes dans les années 2000. Plusieurs décès d’animaux leur ont été imputés.

Aujourd’hui, les algues vertes sont présentes principalement dans 8 baies, les plus touchées étant la baie de Saint-Brieuc, la baie de Lannion et la baie de Douarnenez.

 

Quelles sont les causes des proliférations d’algues vertes ?

- La raison majeure est la concentration des nutriments dans les eaux côtières : le développement des algues nécessite, en plus de la lumière, des éléments nutritifs, dont l’azote et la phosphore sont les principaux. En conjuguant une teneur en phosphore qui ne décroît que faiblement, des teneurs en nitrate qui demeurent élevées et une sédimentation accumulée sur le long terme dans les baies, nous avons un cocktail efficace pour la croissance des algues vertes dès que la température de l’eau est favorable.

- L’origine de ces flux de nutriments vers les eaux côtières : au cours des dernières décennies, les flux d’origine urbaine via les eaux usées se sont considérablement rétractés grâce à la généralisation en cours et à l’augmentation de l’efficacité des stations de traitement des eaux usées. Par contre, la source agricole liée aux flux de phosphore, mais surtout de nitrate, a considérablement augmenté son impact sur cette charge en éléments nutritifs pour les algues.

Que faire ?

- Une amélioration passant par la diminution de tous les flux et surtout des flux nitriques : les nitrates sont devenus le facteur principal à régler pour diminuer les croissances rapides d’algues vertes dites « marées vertes ». Cette diminution passe par un changement des systèmes de culture des bassins versants alimentant les baies concernées, un réaménagement du territoire pour favoriser les zones dénitrifiantes (zones humides de prairies très extensives, recréation de talus et haies). Ces changements sont difficiles à mettre en œuvre car ils doivent être collectifs (comment agir tous en même temps ?), ambitieux (la diminution des pertes nitriques doit être très notable), et économiquement accompagnées (aider les exploitations qui diminuent fortement leurs émissions vers les ressources en eau). Un plan de lutte a été élaboré au niveau national.

- Des actions coordonnées et de longue durée

L’enjeu de la maîtrise des marées d’algues vertes réside dans la capacité à gérer les flux de nutriments d’un territoire continu, le bassin versant côtier. Cette maîtrise nécessite une coordination sur le long terme, de l’ordre de quelques décennies, des systèmes de culture, des apports d’effluents d’élevage, et de la gestion des zones humides. Cette activité de coordination territoriale est délicate à mener car elle nécessite de proposer des modifications de pratiques à de nombreux acteurs et de suivre leurs mises en œuvre. Dans une situation très différente, la protection préventive d’une ressource en eau minérale, c’est une action de ce type qui a été menée de 1988 à maintenant sur le périmètre de Vittel, via un pilotage continu d’Agrivair pour mettre en œuvre les modifications d’agriculture proposées par un travail de recherche pluri-partenarial et pluri-disicpliniare, AGREV.

 

- Une ambiguïté à lever : seules des actions territoriales généralisées et ambitieuses peuvent réussir. L’enjeu d’autres solutions que celles évoquées au paragraphe précédent est d’être capable de jouer massivement sur le cycle de l’azote et du phosphore. Ainsi, les projets de méthanisation, qui ne modifient que le cycle du méthane (CH4) ne joueront que très marginalement sur les flux de phosphore (P) et nitrate ( NO3-), cœur de la cible à atteindre.

 

Des algues qui ne sont pas seulement nuisibles

Les algues vertes sont utilisées en épandage et en compost. Mais ces utilisations ne sont pas simples à gérer ; pour l’épandage, il doit être effectué très rapidement après la récolte, ce qui n’est pas toujours possible. Quant au compost, son intérêt économique est limité dans la mesure où la Bretagne est déjà excédentaire en matière organique.

D’autres utilisations sont possibles. L’industrie des cosmétiques utilise déjà les algues vertes mais cela ne représente que de faibles quantités. La transformation de ces algues en matériaux destinés à fabriquer des emballages est à l’étude.

 

 

Pour conclure, les marées à algues vertes sont connues, leur origine identifiée, mais leur disparition nécessitera une gestion des territoires des bassins versants et une ambition tenace dans la réduction des flux très exigeante pour les acteurs concernés par ces territoires. Le maçon est maintenant au pied du mur !

 

Pour en savoir plus

- Le site de Bretagne-environnement

- Le portail du CEVA, portail de l’information environnementale en Bretagne

- Le plan ministériel de lutte contre les algues vertes (2010) ; document téléchargeable

- Les recherches

 

Eléments de bibliographie pour approfondir le sujet

Adger, W Neil et al. 2005. « Social-Ecological Resilience to Coastal Disasters ». Science 309 (5737) : 1036-1039.

Arzel, P. 1994.  « L’exploitation des algues en Bretagne ». Etudes rurales (133/134) : 113-126.

Augris, C. 2005. Atlas thématique de l’environnement marin de la baie de Douarnenez (Finistère). Edition Quae. Paris.

De Reviers, B. 2002. Biologie et phylogénie des algues, tome 1 : Cours. Belin. Paris

De Reviers, B.2003. Biologie et phylogénie des algues, tome 2. Belin. Paris

Lacaze, J.-C. L’eutrophisation des eaux marines et continentales. 1996. Ellipses.

Levain A.-K., 2010. Une société rurale face à l’eutrophisation littorale : une approche éco-anthropologique des proliférations d’algues vertes en Porzay. Master « Evolution, patrimoine naturel et société ». 87 pages.

Menesguen, A. et al. 2001. L’eutrophisation des eaux marines et saumâtres en Europe, en particulier en France. Ifremer. Plouzané.

Menesguen, A. 2003. Les « marées vertes » en Bretagne, la responsabilité du nitrate. Ifremer. Plouzané.

Sébilote, M. et al. 2003. Prospectives de l’eau et des milieux aquatiques – enjeux de société et défis pour la recherche. Inra éditions, Cémagref éditions. Paris.

Soulard, C. T. 2005. « Les agriculteurs et la pollution des eaux. Proposition d’une géographie des pratiques ». Natures Sciences Sociétés 13(2) : 154-164.

Vigarié, A. 1997. « Maritimité, maritimisation, littoralité, des concepts et des méthodes ». Dans la Maritimité aujourd’hui, dir. par Françoise Peron et Jean Rieucau ».  Annales de Géographie 106(595) : 330-331.

Des innovations au service de l’eau et du développement

 

Du 1er au 3 juin 2012 s’est déroulé à Paris le Salon des Solidarités dans le cadre duquel ont été présentées des innovations relatives à l’eau et à l’assainissement. L’eau était en effet  l’un des quatre thèmes retenus dans le jardin des innovations qui a attribué des trophées pour chacun de ces thèmes.

Les toilettes sèches de blue Energy France ont été récompensées par le trophée de l’innovation dans le domaine eau/hygiène/assainissement. Ces latrines fonctionnent à l’énergie solaire et contribuent à la constitution de compost. L’objectif est à la fois de réduire la pollution terrestre et de créer une richesse potentielle puisque le compost peut être revendu.

Watasol est un système simple d’assainissement par électrolyse destiné aux lieux où il n’y a pas d’eau potable. Son originalité tient au fait qu’il ne nécessite pas de source d’énergie et qu’il intègre une formation destinée aux personnes chargées de la gestion du système. Watasol est réalisé par Antenna Technologies France, association française reliée à une fondation suisse.

Le WaterPOD Pure Océan Distillation est un appareil de distillation de l’eau de mer qui fonctionne grâce à l’énergie solaire. Peu encombrant, robuste et autonome, ce système peut être utilisé dans un cadre familial et peut même être embarqué sur des petits bateaux de pêche. le système est  fabriqué au Maroc à partir d’une technologie française.

 

Pour en savoir plus sur le Salon des Solidarités :

http://www.salondessolidarites.org/exposez/jardin-innovations

Agriculture : l’eau. Comment préserver cette ressource ?

 

 Lors du Forum  Science, recherche et société, qui aura lieu le 28 juin 2012 au Collège de France, une table ronde portera sur le thème de l'eau en agriculture.
Créé il y a quatre ans par les journaux La Recherche et Le Monde, le Forum Science, recherche et société fait chaque année le point sur l’avancée des connaissances et a pour objectif de promouvoir le dialogue science-société.

Parmi les tables rondes au programme cette année :
Agriculture : l’eau. Comment préserver cette ressource ?
L’irrigation a transformé l’agriculture française, mais elle pompe les ressources aquatiques et modifie les écosystèmes. Un réglage fin des pratiques agricoles aide à une meilleure gestion.
Table ronde animée par Vincent Glavieux, La Recherche, avec la participation de :
- Sami Bouarfa, chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea).
- Chantal Gascuel, chercheuse en hydrologie dans l’unité Sol Agro et hydrosystème spatialisation de l’Inra.
- Viviane Gravey, chargée d’études agriculture à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Pour en savoir plus : http://www.forum-srs.com/

RIO+20 : L’EAU AU CŒUR DES DÉBATS

 

La conférence des Nations Unies sur le développement durable (RIO+20) se déroule à Rio-de-Janeiro, au Brésil, du 13 au 22 juin 2012. La gestion de l’eau est l’une des questions essentielles abordées.

Le lorrain Henri Begorre, président du Partenariat français pour l’eau y participe. Il était récemment venu à Vittel pour s’informer sur les actions mises en œuvre afin de protéger le site hydrominéral. En effet la protection des eaux du bassin de Vittel présente un caractère exemplaire alors même que les bassins hydrologiques deviennent les territoires de référence pour la gestion de l’eau..

Le Partenariat français pour l’eau a publié un communiqué sur les enjeux à porter à Rio ; ce document est téléchargeable à la rubrique agenda international du site du Partenariat français pour l’eau.

Combien d'eau y-a-t-il sur Terre ?

La météo est maussade ces temps-ci, il pleut, il mouille, mais au fait combien y a-t-il d'eau sur Terre ? Dans nos régions, elle semble présente en abondance, mais quelle proportion représente cette eau de surface face aux océans ou encore les eaux souterraines ?

Un article très clair de "Passeur de sciences" avec des illustrations saisissantes fait le point.

Vous retrouverez également toutes ces informations sour forme d'animation sur les tables tactiles de la Vigie de l'eau, espace "Source".

(Crédit : Jack Cook, Woods Hole Oceanographic Institution.)

« Chaque goutte compte »

 

La Commission européenne organise du 22 au 25 mai 2012 sa semaine verte annuelle au cours de laquelle la politique environnementale européenne est présentée. Cette année l’eau est le thème retenu avec le slogan : « Chaque goutte compte ». A cette occasion la Commission européenne a annoncé la création d’un partenariat d’innovation européen destiné à faciliter la diffusion des innovations liées à l’eau.

Pour en savoir plus

Le maïs est-il un grand buveur ?

Le journal « Le Monde » daté du 4 mai 2012 relate le conflit qui oppose en Poitou les producteurs de maïs aux écologistes. En effet, les producteurs de maïs pompent en  hiver dans les nappes phréatiques de grandes quantités d’eau qu’ils stockent en vue de leur utilisation en été pour l’irrigation.

Copyright : Agence de l'Eau Artois-Picardie

Cette situation pose problème bien que la région bénéficie d’une forte pluviosité hivernale car les aquifères souterrains du Poitou ont une faible capacité de stockage et la région ne dispose que de peu de cours d’eau de surface conséquents. Chaque été les habitants doivent faire face à de sévères restrictions d’utilisation de l’eau. En outre, cet hiver la recharge des nappes n’a pas été bonne, situation qui risque de devenir relativement fréquente en lien avec le changement climatique en cours.

Le problème majeur du maïs tient au fait qu’il s’agit d’une plante d’origine tropicale que l’on ne peut pas semer en France avant avril ou mai selon la latitude, si bien que la période de floraison, moment de la plus grande sensibilité au stress hydrique, se situe en deuxième quinzaine de juillet, au moment où la ressource en eau fait défaut.

En fait, le maïs ne consomme pas plus d’eau qu’une autre espèce ; on peut même dire que le maïs utilise l’eau de façon très efficace  puisqu’il produit plus de matière sèche par litre d’eau utilisé que le blé. Mais comme la productivité de la plante est forte, l’évapotranspiration est élevée et la culture du maïs nécessite une grande quantité d’eau par hectare.

Le maïs n’est peut-être pas la culture la mieux adaptée à nos climats tempérés…

L’eau en héritage

Dans le cadre de la semaine du développement durable, la Communauté urbaine du Grand Nancy organise du 30 mars au 8 avril un ensemble de manifestations autour de l’eau : visite de station d’épuration, visite à thème au musée Aquarium, découverte d’un ruisseau péri-urbain...

La Vigie de l’eau a suivi le cours du ruisseau du Fonteno lors d’une matinée qui associait 3 communes du Grand Nancy : Jarville, Heillecourt et Houdemont.

Pour en savoir en plus

Au fil du Fonteno

Comment imaginer qu’un ruisseau de quelques kilomètres de long puisse permettre une découverte aussi variée ? Le samedi 31 mars au matin, trois balades ont permis de remonter le cours du Fonteno, ruisseau des environs de Nancy, de sa confluence avec la Meurthe jusqu’à sa source.

Une matinée de découverte
La première balade à Jarville, commentée par les responsables techniques de la commune, a permis de découvrir l’impact de l’urbanisation et le confluent avec la Meurthe. La seconde, autour du parc de l’Embanie à Heillecourt,  était animée par le CPIE de Nancy-Champenoux (Centre Permanent d’Initiatives pour l’environnement) qui a révélé aux participants la diversité de la vie aquatique et du milieu naturel. Enfin, la troisième étape a montré à quel point le Fonteno est au centre de la vie locale de Houdemont.

Un ruisseau à éclipses

Le Fonteno prend sa source à Houdemont dans le calcaire des hauteurs au dessus du village au cœur duquel il traverse un étang aménagé au quatorzième siècle pour alimenter les trois moulins du village.

le Fonteno dévale la pente du côteau…

 … et arrive à proximité de l’étang du Haut

Il est ensuite souterrain et réapparaît dans le parc de l’Embanie à Heillecourt où il reçoit les eaux du ruisseau de Frocourt. A Jarville, après la traversée du parc de Renémont, le ruisseau disparaît pour ne refaire surface qu’à l’approche de la Meurthe .

Le ruisseau change de nom en traversant la commune d’Heillecourt où il devient « le ruisseau du moulin » avant de retrouver son identité d’origine à Jarville ! Il alterne aussi des sections à découvert et des passages souterrains, effectuant même à Jarville un passage en siphon et une plongée sous le canal de la Marne au Rhin.

Un support pédagogique et un témoin de l’histoire locale

L’école Maurice et Katia Krafft de Houdemont utilise le ruisseau comme support pédagogique. A l’origine, une classe d’eau conduite grâce au soutien de l'Agence de l’Eau Rhin-Meuse et avec l’appui du CPIE de Nancy-Champenoux a permis aux élèves de découvrir le ruisseau et l’étang, de recenser et d’identifier les espèces animales présentes. La passion d’une enseignante s’est ensuite traduite par la pose aux abords de l’étang d’un panneau permanent sur lequel les élèves ont présenté les résultats de leur travail. Le travail se poursuit avec les élèves de cycle 3 ; lors de la dernière pêche, 18 espèces ont été identifiées.

La vie de l’étang

La libellule vue par une élève

Le cercle d’études locales a de son côté réalisé des panneaux d’exposition qui témoignent de la façon dont l’eau s’inscrit dans le paysage et l’histoire de la commune. A Houdemont, comme d’ailleurs à Heillecourt et Jarville, la force motrice de l’eau a été très tôt utilisée pour faire tourner des moulins.

Si les petits ruisseaux font les grandes rivières, un modeste petit ruisseau peut aussi être riche d’enseignements !

22 mars 2012, journée mondiale de l’eau

Coup de projecteur sur CREDI-ONG

A l’occasion de la journée mondiale de l’eau, « les eaux et les hommes » vous propose un coup de projecteur sur une ONG qui agit « pour un monde plus vert et bleu » au Bénin. CREDI-ONG mène une action de préservation de la biodiversité et de restauration des milieux dans la vallée du Sitatunga, zone humide classée dans le cadre de la convention de RAMSAR. Une réserve communautaire a été créée ainsi qu’une ferme aquacole ; ces espaces sont gérés de façon communautaire par l’équipe de CREDI-ONG et les habitants.

Pour en savoir plus :

Centre régional de recherche pour un développement intégré 

Convention RAMSAR

Gestion communautaire des ressources naturelles au Bénin (Afrique de l’Ouest) : le cas de la vallée du Sitatunga

La journée mondiale de l'eau 2012

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